La pratique de la méditation vue par Denis Robberechts

Décrire le processus de la méditation, et sa place dans la recherche spirituelle est une tâche ardue. Notamment car ce n’est pas une pratique, mais un ensemble de pratiques. Dans cet article, je vais tenter d’en discerner quelques axes qui sont au centre de ma manière de méditer.

Le lâcher prise

Nous pourrions commencer par dire que ce n’est pas une gymnastique de l’esprit, pas plus qu’une performance. On ne gagne rien, on ne perd rien. On ne devient pas meilleur. L’idée qu’on a de la méditation, c’est souvent ça qui nous bloque. Toutes ces idées : « il faut vider son esprit », « il faut être concentré », « il faut faire le silence ». Ce sont des murs qu’on se construit. Des cages.

Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On s’assoit. Juste s’asseoir. Ou s’allonger. Peu importe. On ne cherche pas à maîtriser notre attention. On ne la force pas. On la laisse se poser. Où elle veut. Sur le bruit de la rue, sur le souffle, sur la sensation de l’air sur la peau. C’est tout.

Il y aura des pensées. C’est normal. Laissez-les venir. Ne luttez pas. Ne les analysez pas. Regardez-les passer, comme on regarde un nuage. Sans s’y accrocher. Sans juger. Le jugement est le premier ennemi. « Je pense trop », « je ne n’y arrive pas ». Qui juge ? L’esprit juge l’esprit. Un simple jeu.

L’essentiel, c’est de revenir. Pas de rester. Revenir. À la sensation du corps. À la respiration. Au son. Chaque fois que l’attention s’égare, elle revient. Revenir, encore et encore, et se régaler des moments de silence, mêm s’ils sont courts. C’est ça la pratique. Ce mouvement de va-et-vient. Ce mouvement est la méditation elle-même.

Petit à petit, vous ne chercherez plus. Il n’y a rien à chercher. Rien à trouver. Juste à être. La simplicité est là. Elle a toujours été là. C’est le chemin qui n’en est pas un.

Et puis, un jour, sans prévenir, on se rend compte. On ne se rend pas compte de quelque chose de grand, non. On se rend compte d’un petit quelque chose. D’une sensation de calme. D’une tendresse pour ce qui est là. Pour ce corps qui respire, pour ce mental qui s’agite, pour ce monde qui fait du bruit.

La méditation sous l’angle du lâcher prise, c’est simplement ça : accueillir la vie, telle qu’elle se présente, sans vouloir la changer. Juste être. Et laisser faire.

La concentration

Elle est aussi nécessaire que le lâcher prise. « Se concentrer » veut en fait dire « diriger notre attention dans une seule direction ». Ce n’est plus être présent d’une manière vaste, dans laquelle tout a une place, peut aller et venir. Au contraire, c’est exclure tous les aspects du moment présent à l’exception de l’objet qu’on a choisi pour notre méditation. Cet objet peut être la respiration, la flamme d’une bougie, une émotion, un mantra, les sensations physiques, les sons qui nous entourent, une pensée pleine de sens (et oui, même une pensée peut être l’objet de notre méditation), etc. En fait, tout ce qui est observable peut être l’objet de notre méditation.

Se concentrer permet de calmer l’esprit. Notre attention est dégagée de l’agitation mentale, et celle-ce diminue, car elle a besoin de notre attention pour continuer. L’aviez-vous déjà remarqué ça, que si nous ne donnons aucune attention à nos pensées, elles s’arrêtent? L’expérience vécue est un sentiment d’espace et de liberté rarement éprouvée auparavant!

Mais en plus d’être appaisant, se concentrer sur quelque chose permet de connaître cette chose. Car nous ne pouvons pas connaître quelque chose qui ne reçoit jamais notre attention. Il est facile de comprendre que d’amener ainsi notre pleine attention sur nous-même est le seul chemin vers une véritable connaissance de soi, le reste étant des idées accumulées, qui souvent nous enferment plus qu’elles nous aident.

Et enfin, la pratique de cet aspect de la méditation nous permet de remarquer que ce qui se trouve dans le champ de notre attention est de ce fait notre réalité du moment, c’est ce qu’on vit,. Nous pouvons constater l’unité entre l’objet présent dans l’espace de notre attention, et la manière dont nous nous sentons dans ce moment. Ainsi, méditer en regardant couler une rivière n’aura pas le même effet qu’en observant notre respiration, marcher en pleine conscience en ville n’aura pas le même effet qu’à la campagne, visualiser une situation pleine de joie créera un sentiment intérieur bien différent que celui créé par des pensées noires.

La visualisation

C’est la capacité d’imaginer une scène et d’en faire l’expérience. Loin de percevoir « le moment présent tel qu’il est », nous pouvons pendant la méditation créer des histoires dans notre esprit, et de ce fait en faire l’expérience. Par exemple, nous pouvons penser à des personnes que nous aimons, et faire l’expérience d’un moment présent rempli d’amour. C’est très agréable. Vivre un sentiment d’amour est probablement la chose que nous désirons tous le plus au monde, que ce soit conscient ou non. C’est la racine de nos pensées et de nos actions. C’est très nourrissant. Quand nous faisons cela pendant nos retraites, les retours sont impressionnants , emplis de sensibilité et de paix.

Mais nous pouvons faire plus que cela avec la visualisation: nous pouvons entraîner notre esprit mieux laisser passer l’amour, qui est bloqué en nous par tout un tas de conditions (Je l’aime si il est comme je veux, je m’aime si je correspond à mes exigences,…). Dans cette pratique, qui utilise la concentration, la mémoire, et l’imagination, nous pensons à des gens que nous aimons, des inconnus que nous croisons souvent, des gens avec qui nous sommes en conflits ( et oui, aussi, et c’est très utile pour mieux gérer le conflit!) et à nous même aussi (beaucoup d’entre nous s’oublient, qu’est-ce que ça veut dire d’après vous?)! Et, une personne après l’autre nous formulons intérieurement des souhaits bienveillants. En plus de générer de l’amour dans notre méditation, nous entraînons l’esprit à laisser passer les nobles qualités du cœur. Car comme nous le savons, répéter régulièrement une expérience transforme la structure cérébrale, et la bienveillance, la capacité regarder chaque personne avec un regard humain, devient une tournure naturelle, présente par défaut dans notre regard. Cette pratique est appelée « l’antidote » dans le Bouddhisme, car elle guérit de la tyrannie de la critique intérieure, de marasme, de la perte de sens, et du manque d’amour. En résumé, c’est l’antidote à l’égocentrisme.

Faire l’expérience de nos philosophies

Un autre aspect de la méditation, plus méconnu et pourtant crucial, c’est de « faire l’expérience de notre philosophie ». Comme Einstein, qui faisait des « siestes semi-éveillées », assis sur son tabouret, sans appui pour le dos (de la méditation en gros !). C’est de s’imaginer assis sur un rayon de lumière qui lui a permis de trouver la loi de la relativité restreinte. et c’est en s’imaginant tomber dans l’espace qu’il a découvert la nouvelle loi de la gravité. Car, comme nous l’avons vu plus haut, imaginer quelque chose, c’est faire l’expérience de cette chose. Pour le meilleur et pour le pire. C’est bien le cas de l’égo, qui n’est autre qu’une construction mentale, dont nous faisons l’expérience tous les jours.

Alors nous pouvons, en méditation, faire l’expérience d’un regard différent, sur toute chose: et on regarde une douleur non plus comme une douleur, mais simplement comme une sensation physique, et du coup, la sensation de la douleur change! N’est-ce pas incroyable. Que pouvons-nous apprendre sur nous même de cela? Ou, comme nous l’avons vu, remplacer un regard égocentrique par un regard bienveillant, et subitement notre expérience du moment change! Et que se passe-t-il à votre avis si, au coeur d’un moment de silence, on s’imagine être sans mémoire? Ou encore voir toutes choses comme étant impermanente? Ou se ressentir, en pleine méditation, comme si le regard porté sur nous même n’étais pas le nôtre, mais celui de la nature qui se cherche et s’observe. Les possibilités sont infinies.

Depuis notre plus tendre enfance, nous avons reçus des manières de voir et d’interpréter notre expérience du monde et de nous-même. Ces interprétations, généralement implicites, forment notre expérience du monde, et nous permettent de lui donner un sens, de trouver notre chemin. Ou non…En méditation, nous faisons l’expérience de regards neufs, souvent plus profonds, plus ouverts, qui libèrent, c’est à dire qui génèrent moins de friction avec les vie. Et les regards qui nous plaisent le plus, ceux qui nous apaisent et libèrent l’amour, nous les répétons, les rendons familiers, jusqu’à ce qu’ils deviennent nos valeurs premières, notre état d’esprit naturel.

En conclusion

Alors voilà, en quelques mots, une ébauche de ce que j’entends par « méditation ». Ces approches sont pour moi des facettes d’une seule et même approche qu’on pourrait résumer ainsi: Apprendre à poser notre esprit, s’interroger avec curiosité sur notre nature profonde, pour nous permettre de voir plus clairement , afin de mieux nous connaître, et ainsi ajuster notre philosophie de vie.

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